A l'occasion de la sortie du sixième opus de Placebo, Battle For The Sun,  XS of Placebo était invité chez PIAS pour écouter l'album en avant-première... Voici les impressions "à chaud" d'un album puissant et très différent de ses prédécesseurs ; une surprise heureuse pour des fans ouverts à une réelle évolution musicale.
Kitty Litter
C’est une habitude chez Placebo : le premier titre des albums est ultra punchy. Kitty Litter démarre en trombe, toutes guitares devant, sur un rythme très puissant. J’ai immédiatement pensé au Brickshit House du second album. La voix de Brian Molko, réarrangée en sorte de « reverb » arrive à se poser sur ce tourbillon d’enfer. La fin du morceau est sur le même rythme lancinant où Molko martèle « I need a change ». C’est le cas avec ce premier titre. Est-ce un signe pour la suite de l’album ?
Ashtray Heart
Les fans du groupe auront surement repéré que ce titre est emprunté aux premières années de la formation, avant Placebo. Tout commence de manière très originale, en langue espagnole (un hommage à la récente collaboration de Stefan Olsdal avec Hotel Persona ?). Le rythme est quasiment identique au premier titre, Kitty Litter. En prêtant bien l’oreille, quelques réminiscences de This Picture et Infrared me sont apparues.
Battle for the Sun
Le premier extrait de l'album est une heureuse surprise. Epique, puissant, ses répétitions ne sont pas sans évoquer les grandes heures de Placebo, avec Taste In Men, Bionic ou un peu plus tard English Summer Rain.
For What It’s Worth
Le premier single officiel de l'album, et un choix qui divise beaucoup. For What It's Worth, on adore ou l'on déteste, il n'y a pas de demi-mesure.
Devil in the Details
Juste une remarque à faire avant de détailler ce titre. La version single de For What It’s Worth est raccourcie par rapport à la version originale de l’album. Sur l’album, cette chanson et Devil in the Details s’enchaînent en fondu. L’intro commence sur un petit solo de batterie accompagné ensuite de deux notes de clavier qui ajoutent du rythme à ce titre. Ni bon ni mauvais, le fond musical entrainant permet tout de même à la voix de Molko de se déployer sur des tonalités assez hautes (notamment quand l’instrumentale s’emballe après 1 minute passée), presque criées. Ce titre aurait mérité d’être raccourci pour lui donner un peu plus de « peps ».
Bright Lights
Dès la première seconde, on ne reconnait plus Placebo. L’usage du clavier rend le fond très pop, ce qui est surprenant par rapport aux précédents titres, voire à ce que les fans connaissent d’eux. Du coup, on se rend immédiatement compte que ce nouvel album va jouer sur plusieurs tableaux – on y pensait un peu durant les 4 premiers titres mais là c’est effectivement manifeste – rythme lent / épique, des instrumentales méconnaissables, une voix poussée dans ses derniers retranchements… On se dit que Placebo commence à prendre de gros risques sur cet album en choisissant des registres musicaux jamais utilisés auparavant. Au moins, on ne pourra pas dire que la fraîcheur n’est pas là !
Speak In Tongues
Disons-le simplement, ce titre est une perle. Tout démarre sur des petites notes de clavier très fraiches, entrainantes, où la voix de Brian Molko se pose en toute délicatesse. Le refrain arrive sur des notes de basse très typées Placebo, telle une empreinte infalsifiable. Quelques secondes plus tard, tout s’emballe sur des notes épiques – batterie, guitare, voix, violons …- qui nous font oublier très rapidement le rythme de départ. La voix monte de plus en plus, aidée par des notes de violon de plus en plus présentes elles aussi.
The Never-Ending Why
Démarrage en trombe sur un duel épique entre la batterie de Forrest et la guitare d’Olsdal : le rythme est entretenu par des paroles incisives et simples : « Time will help you grew but you don’t have the time … ». D’ailleurs, les paroles désignent ouvertement un « drummer », s’agit-il de Steve Hewitt ? Si c’est le cas, tout fait sens dans cette chanson : le rythme rapide, enjoué et « tiré à quatre épingles » de la composition fait sonner les paroles de Molko comme des accusations et des regrets adressés à l'ancien batteur du groupe. A la fin de The Never-Ending Why, on comprend que Placebo est totalement décomplexé de ce passé douloureux, aucun doute là -dessus. La page est tournée.
Julien
Bien avant d’écouter ce titre, on se dit qu’il est adressé à quelqu’un en particulier : bonne réponse. Là aussi, ce titre est un petit bijou. On a l’impression d’être à l’entrée d’un bar crade où tourne un fond musical assez glauque (rapprochement immédiat avec le titre « Something Rotten » mais en version électro) sur lequel Molko déroule des paroles suaves, à demi parlées. Les paroles révèlent que ce fameux « Julien » n’est pas un pote du groupe, loin de là : « Julien, you can run but you can't hide … Julien, you're a slow motion suicide ». Le fond électro du départ disparait progressivement au profit d’un déferlement de guitares et de violons, un peu comme des coups de poings qui cogneraient aveuglément la face de notre Julien. On se surprend même à revoir, en filigrane, le spectre de l’instrumentale Evil Dildo. Ce titre est construit de la même façon. La phrase qui fera date : "Julien, you're a slow motion suicide".
Happy You’re Gone
Les paroles arrivent dès l’ouverture du titre, « Leave me » … en forme de plainte d’un Brian Molko désabusé qui veut se débarrasser d’un souvenir ou de quelqu’un. Ce titre est assez paradoxal au sens où l’instrumentale ne colle pas avec les paroles : considérez ce que je viens de dire à propos des paroles et transposez-les sur une ballade instrumentale qui n’hésite pas à s’habiller de quelques notes de violon, histoire de se donner un peu de profondeur voire … de niaiserie.
Breathe Underwater
Retour aux choses sérieuses. Démarrage toutes guitares devant sur un rythme ultra puissant. Tout le monde prend son pied, c’est évident ; les paroles sont à l’avenant « Take my dildo for a ride » sur ce qui apparait au bout de quelques secondes comme une composition totalement déstructurée, moins étudiée que ses petites sœurs. Une bouffée d’air plutôt bienvenue après la compo « sucrée » de Happy You’re Gone.
Come Undone
On atteint quasiment la rupture : encore un démarrage au xylophone, posé sur un rythme assez lent. Quelques secondes passent et le titre prend un style oppressant, devenant d’un coup nettement plus intéressant. Un coup de jus rock aigu balancé par la guitare d’Olsdal déploie un champ sonore très large lors d’un solo qui ouvre de grands espaces à la voix de Molko. Comme si la voix et la guitare se parlaient à grands coups de décibels. L’auditeur atteint une sorte d’ivresse sonore tout à fait inhabituelle de la part de Placebo. Un long larsen vient clore le titre, on pense immédiatement à un tourniquet qui nous a lancé à toute allure et qui s’arrête progressivement. On descend, chancelant.
Kings of Medicine
Non, pas de « Meds » là -dedans. La page est tournée, on l’a dit. Une guitare acoustique s’immisce pour donner le tempo d’un titre aux abords joyeux, puis viennent quelques violons, des coups de trompettes (effet surprise garanti), la petite boite à musique qui va bien (ou pas) et la voix lancinante de Molko qui demande qu’on ne le quitte pas (« Don’t leave me …). On a l’impression d’un blabla – alors que les paroles sont belles ! – tellement la partie instrumentale étouffe littéralement la voix de Molko. A la fin de ce titre, nous nous sommes tous regardés : « ils ont fait quoi là ? ». |